Tuesday, April 8, 2008

Double JE






Les jours passent et se ressemblent enfin.

Une fois que j’ai compris quelles étaient mes priorités j’ai imprimé un rythme tout à fait nouveau et tout à fait idéal. Encore une fois il est facile de se définir dans l’idéalisme dans un pays en guerre, en travaillant comme bénévole etc. Mais ce qui ne l’était pas c’était d’assumer être partie pour rencontrer cette face malade du monde où je pourrai exercer mon pouvoir de persuasion, distribuer de mon amour débordant et faire face au monde arabe, mon monde arabe. C’est encore l’islam que je vais blâmer mais le disait de Beauvoir, une révolution féministe est d’abord une révolution sociale. Tant que le peuple reste divisé, le pouvoir reste dans les mains du plus vil. Il en faut du courage pour braver la stupidité des hommes.

Je ne me sens pas plus militante aujourd’hui qu’en arrivant. Mes déboires professionnels (après 2 nuits blanches pour Pourim) m’ont renvoyé des questionnements existentiels qui pour une fois valaient la peine d’être soulevés. Adriane ne pourra pas me contredire la dessus. Une fois que l’on est obligé ce faire ce choix la, la profession, le reste se délite. Au moins pour quelques temps. Il faut bien dire que mon choix à moi est resté très ouvert et qu’encore aujourd’hui je ne suis soumise ni à la pression sociétale ni à celle financière (merci le RMI). Mais c’est un luxe qui me coûte. Ceux s’intéressent à la question d’assumer d’être libre le savent.

 On sait tous aujourd’hui que l’enfer c’est les autres. Pas seulement parce qu’ils demandent d’être excessivement hypocrite mais surtout parce qu’ils demandent d’être flexible. Jusqu’à la brisure parfois. Hier ma colocataire Sandra m’a avoué détester la façon qu’avait Yohanna , mon autre colocataire, de lui parler. Sèchement, avec autorité. Le plus étrange c’est qu’elles s’adorent et passent le plus clair de leur ensemble. Dans ces paroles j’ai entendu comme une remontrance qui m’était adressée, un vieux fantôme de complexe ; de ces temps où il fallait que je m’adoucisse sans cesse, que je devienne celle qu’il faut.

Je crois aujourd’hui qu’enfin j’ai trouvé le moyen de me faire accepter telle que je suis, ou en tout cas celle que je veux être. Sachant que de toute évidence, je ne me supporterais pas 5 min si je devais me rencontrer.

 

Pour reparler de mon rôle en Palestine, c’est-à-dire la raison de mon exil, et il se dessine comme je l’ai toujours pressenti : avec ambition, opportunisme, flegme et prétention.

J’ai trouvé un job à Jérusalem. Comme dit ma chère mère, « laisse le bénévolat aux retraités ». J’en conviens, ces paroles ne correspondent pas aux récits dramaturgiques qui relataient mes aventures en terres saintes. Mais sachez que l’aide sociale et humanitaire est un métier et que les palestiniens n’ont que foutre de mon approche révolutionnaire de l’apprentissage de la photo ne les intéressent guère. Il m’a fallu rencontrer le boss de l’ONG, le pater familias du camp, si je puis dire, pour comprendre que le malentendu avec Anne, dont tout le monde se souvient n’est ce pas, était intrinsèque aux travail des internationaux dans les ONG. Il n’est pas possible de concevoir une autonomie palestinienne dans de telles conditions. À savoir que ma branche de l’ONG a été créée, et est dirigée par 3 européennes. Mon défi est aujourd’hui placé dans la résistance, non contre l’occupation, mais bel et bien contre la schizophrénie du pays. Vivre et travailler de part et d’autre du mur.

 

J’ai donc accepté un job (en parallèle à celui de Bethlehem, qui consiste aujourd’hui à former un palestosse à prendre ma place comme animateur d’atelier) à Jérusalem ouest. Une offre de chef de projet à la réfection du site et de l’identité visuelle du Centre Culturel Français de l’ouest. Car comme je l’ai déjà dit et pour ceux qui ne suivent pas, ils existent 2, CCF, un à l’ouest un à l’est. D’un côté les Arabes, de l’autre, les juifs, of course. Je précise que je fréquente les deux, car les programmations diffèrent beaucoup et elles sont toutes de qualités. Par exemple ce soir, concert de guitares flamencas avec le célèbre joueur Ernesto de Paolo di Guitarra. Ou un truc du genre.

Il me faut donc encore faire des photos, celles à ajouter au site du CCF par la suite. Et puis encore boire du pinard d Galilée ou du Golan, raconter sa life à des israéliens francophones, moitié fasco, moitié gaucho… tremper des lamelles de carottes dans de sauces mayonnaises industrielles… faire preuve de modestie face à l’impérialisme de la souffrance que se sont octroyé les descendants de la Shoah. Bref, n’être personne parmi le peuple élu.

 

Beaucoup plus amusant cette fois, encore que Sandra ne soit pas amusée du tout : la parano de ma propriétaire catholique extrémiste. Elle voit des hommes rentrer et sortir de chez nous en pleine nuit, c’est sur les métros sexuels courent les rue de Bethléem. Elle s’en prend à Sandra en parlant tout bas, « ça pue ici, ça pue », « I saw a man, I saw a man », « il faut ranger, hein, il faut ranger… » ou encore, « venez donc faire du ménage chez moi, j’ai les genoux douloureux… » une vraie plaie cette femme, la sorcière Caraba en personne. Surtout que son incroyable hypocrisie a cours avec autant de tact que dans un épisode des Desperate Housewives. Elle vient me faire sa scène de malheureuse palestoche sous occupation, et va ensuite pourrir Sandra prétextant qu’elle est mauvaise chrétienne. Sans doute ma nationalité joue-t-elle en ma faveur, l’Égypte copte comme rêve américain pour cette pauvre vieille que sais je ???

Les photos sont celles de Pourim, la fête qui célèbre le salut des juifs sauvés par Esther. Je n’en sais pas plus. J’ai fait la fête comme tout le monde (bon d’accord les arabes ne fêtent pas Pourim) et j’ai bu. La coutume voulant que pour ces jours de festivités, les jeunes boivent jusqu’à rencontrer dieu. Funny, isn’t it ?

La plupart rencontre des gonzesses, des chiottes sales et des lits plein de vomi. Dieu, je ne sais pas trop, ma foi, pourquoi pas.

Je suis donc allée à Jérusalem, dans un parking géant, assisté à une teuf éléctro pas trop mal. Tout le monde est déguisé, la coutume aussi évidemment. Le second jour et la seconde nuit blanche, je suis allée à Tel Aviv, la bulle. Sur le toit d’un gentil VI (volontaire internationale) de l’ambassade. Une grosse soirée qui a fini dans un snack 24/24 sordide, puis dans un jardin public à regarder les ultras (orthodoxes, vous savez ceux font vœu d’abstinence et qui laissent leurs femmes et enfants sans de quoi bouffer parce qu’ils prient toute la journée) faire jouer les gamins au parc entre 5 et 7h du mat’. Ces femmes corvéables à merci par ces hommes trop religieux, s’occupent pour la plupart de 3 à 6 ou 7 enfants. Elles font vivre la famille avec des dons de comités de soutien etc. Cette couche « ultra » de la société israélienne survit grâce à sa reconnaissance auprès de la nation juive. La nation juive, oui.

Une dernière chose. Pour tous ceux qui n’en croyaient pas leurs yeux de ne pas me voire rentrer avec je ne sais quelle maladie tropicale, et bien soyez rassurés, j’ai passé deux heures à la clinique hier soir pour une cystite qui commençait à me rendre flippée.

One tab twice a day, miss, is that OK ?

 

 

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